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L’actualité des mots

2021

1re place: iel
En novembre 2021, le pronom iel faisait une entrée fracassante dans le dictionnaire Le Robert, et avec lui un raz-de-marée de positions et d’émotions de part et d’autre de la frontière franco-suisse. Défini comme un « pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre », il interpelle pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’il est très rare d’assister à la naissance d’un mot-outil. En effet, la catégorie des mots grammaticaux (déterminants, pronoms…) est très peu sujette aux néologismes. Ensuite, ce néologisme grammatical cristallise une réflexion sur la langue française, ses normes et ses usages, qui aura marqué l’année 2021 : nous pensons ici à la simplification de l’orthographe, qui aura fait couler beaucoup d’encre. Par ailleurs, iel traduit un besoin – exprimé notamment par une partie de la jeunesse – de retravailler le rapport entre langue et identité. Ici encore, un signe fort que la langue française vit et se développe avec la société, une société qui évolue. Enfin, iel renferme le paradoxe intrinsèque d’avoir été créé dans l’idée d’inclure tous les individus – et pourtant de diviser et polariser à l’excès. Au regard de toutes les discussions qui l’ont précédé, de celles qu’il a suscitées et de celles qui suivront (par exemple sur l’accord des adjectifs), iel est le mot de l’année car il nous confronte au changement et nous invite au débat.

2e place: précarité
2021 a été doublement marquée par la pandémie : d’une part, les vagues ont continué de se succéder au rythme des infections et des hospitalisations ; d’autre part, les effets de presque deux ans de crise sanitaire se font désormais sentir. Ce sont parfois de légers symptômes, comme une pénurie de gobelets dans une cafétéria, un produit épuisé sur Internet. Mais de plus en plus, il s’agit de personnel soignant éreinté, d’établissements qui mettent la clef sous la porte, de familles dont les revenus s’amenuisent comme une peau de chagrin, de pertes d’emploi, de factures impayées… La précarité s’est installée un peu partout chez nous, accélérée par le COVID 19. Comment faire face à un tel phénomène généralisé ? En le fragmentant, en le nommant précisément. Ainsi, on aura beaucoup parlé de précarité estudiantine, et proposé diverses solutions. On aura aussi découvert la précarité menstruelle, et pris l’initiative de distribuer des protections gratuites dans certains cantons. On dénoncera la précarité cachée, celle qui reste invisible à l’œil nu et dont il faudra redoubler d’efforts pour la déceler. On combattra la précarité psychologique en cherchant le contact et l'échange. En 2021, précarité était donc un mot dénonciateur d’un vaste problème mais aussi porteur d’initiatives et de réponses. En effet, amarré à un adjectif, le mot devient précis et les maux deviennent traitables.

3e place: variants
Le pluriel aura distingué 2021 de 2020. En effet, si 2020 était l’année de la pandémie, du COVID-19, de la crise sanitaire, cette année, nous avons compté les variants. Les variants, ce pluriel indomptable qui remet tout en question à grand coups de mutations : vaccins, mesures, frontières, toutes les cartes sont redistribuées à chaque apparition. Les variants, dont les noms ont changé au cours de la crise pour ne pas stigmatiser les pays où ils apparaissent : preuve qu’en 2021, on s’accorde sur le fait que la langue et les mots influencent le cours des choses. Les variants, mot qui résume finalement bien cette année, cousue d’incertitudes, de surprises et d’inconnues, avec pourtant un dénominateur commun. Les variants aussi, dont le pluriel suggère tristement qu’Omicron ne sera pas la dernière lettre de l’alphabet grec que nous apprendrons, et qu’il va falloir désormais vivre avec l’inconnu au coin de la rue…

2020

1re place: coronagraben
Bien sûr, 2020 restera l'année de la pandémie. Nouveau virus, nouvelle situation, nouveaux mots : le ou la COVID-19, covidiots, coronasceptiques… une ribambelle de néologismes a fleuri au fil de l'année, nous rappelant la créativité de la langue et de l'esprit humain en ces temps difficiles. Ainsi le contexte suisse de 2020 a-t-il vu naître coronagraben, issu de l'emprunt à l'allemand röstigraben. Ce terme, qui souligne tantôt les désaccords entre cantons alémaniques et romands quant aux mesures sanitaires à prendre ou à abandonner, tantôt les fortes variations du nombre de cas selon les régions linguistiques, traduit en filigrane la relation au fédéralisme suisse et à ses mécanismes. Mais surtout, il montre que nous avons tou·te·s vécu une réalité différente selon notre région linguistique.

2e place: gestes barrières
Masque, gel hydroalcoolique, se laver les mains pendant 30 secondes, se saluer du pied, aérer les lieux clos, éviter les foules… 2020 aura modifié en profondeur nos comportements, à tel point que certain·e·s ont déjà intégré leurs gestes barrières jusque dans leurs rêves – tandis que d'autres s'offusqueront intérieurement de voir des personnages de film s'embrasser et se donner la main. La notion de transgression même s'en trouve chamboulée : se faire la bise, souffler une bougie frôlent la rébellion. Si ces gestes barrières semblent s'être installés pour de bon dans nos habitudes, leur nom met en avant le paradoxe incommodant qui empreint la société de 2020 : une barrière pour entrer en contact, un geste qui nous éloigne pour nous permettre de nous rapprocher.

3e place: luttes
On aura beaucoup entendu parler de la lutte – contre la pandémie, le plus souvent dans les discours publics des autorités sanitaires et politiques. Comme si en 2020, combattre le virus avait écrasé, relégué, nullifié toutes les autres luttes. Et pourtant, elles n'ont pas cessé : la lutte pour le climat, la lutte féministe, et la lutte anti-raciste avec le mouvement Black Lives Matter ne sont que des exemples de causes qui ont poussé de nombreux·ses citoyen·ne·s à braver le risque sanitaire pour manifester et agir. Plus que jamais, la conscience d'un monde imparfait et le désir de changement ont marqué 2020 en Suisse. Or, le pluriel atteste aussi d'un autre type de lutte : la lutte de chacun·e pour survivre physiquement au virus, financièrement aux fermetures ou encore psychologiquement à l'isolement. Ainsi luttes exprime-t-il l'intense pluralité des combats que tou·te·s ont menés en 2020.

2019

1re place: vague verte
L’année électorale 2019 en Suisse aura vu son lot de métaphores marines : vague, onde, raz-de-marée ou encore tsunami... La vague verte nous parle d’un impressionnant basculement des urnes vers une politique écologiste. Mais contrairement au raz-de-marée ou au tsunami, elle n’est pas forcément destructrice. Ainsi évoque-t-elle surtout un ample mouve-ment presque irrépressible, une force motrice du tout, une volonté inébranlable d'aller de l'avant, vers l'avant, en balayant les obstacles. L’avant de la vague verte, c’est l’espoir d’une politique plus clémente envers le climat, dont la Suisse a désormais conscience de l'urgence, comme elle l’a montré par les urnes. En 2018, le terme sécheresse préoccupait et décrochait la deuxième place. En 2019, la vague verte semble traduire une réponse concrète et massive. Mais une vague n’étant pas sans danger, les plus sceptiques craindront peut-être la noyade verte...

2e place: féminicide
La place de la femme dans la société suisse n’a pas fini de faire couler de l’encre. Après harcèlement en 2017 et charge mentale en 2018, 2019 s’assombrit et met un mot sur une réalité souvent ignorée en Suisse : le féminicide. Tandis que certains s’interrogent sur l’intégration dans le code pénal d'une nouvelle catégorie de crime – le meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme – d’aucuns hausseront les épaules, arguant qu'un féminicide n’est qu’un homicide parmi tant d’autres, tout aussi tragiques. On pourrait pourtant considérer logique que la parole libérée par le vaste mouvement #metoo entraîne des conséquences en matière de jurisprudence. Ainsi la langue, aux tribunaux comme dans la sphère publique, suit-elle les évolutions de la société et rend tangibles les controverses qu’elles recèlent.

3e place: flygskam
L’urgence climatique est plus présente que jamais dans les discours de la société, bien au-delà des frontières suisses. Le flygskam, emprunt au suédois, illustre l'universalité des questions liées à la protection de la planète. Mais au-delà de l'inquiétude, il pointe du doigt un débat de plus en plus médiatisé sur la question de la culpabilité. La planète brûle, mais à qui la faute ? Chaque individu porte-t-il la lourde responsabilité de préserver la planète par ses gestes quotidiens ? Mais alors, quid des grandes multinationales, quid des compagnies d’aviation low-cost, quid des gouvernements qui taxent si peu le kérosène ? Contrairement à un néologisme comme écoculpabilité, flygskam fait de l’individu isolé un coupable et responsable, dont le choix de prendre l’avion ou non décidera de l'avenir de la Terre. Or, si ce terme a défrayé l’actualité de 2019, c'est peut-être aussi le signe que la question plus générale de la responsabilité du tout et de l'individu est au cœur des consciences.

2018

1re place: charge mentale
Ce terme s’était imposé dès 2017 dans le débat public sur la parité grâce à une bande dessinée de la blogueuse Emma, mais c’est en 2018 qu’il s’est étendu à d’autres sphères pour révéler toute son ampleur: si le stress est le mal du XXIe siècle, la charge mentale en est probablement l’une des principales sources. Désormais, elle n’est plus l’apanage des femmes, ni du foyer. La notion de charge mentale atteste d’une injonction pesante de la société de devoir penser à tout, tout le temps et dans tous les domaines. Telle une terrible contrepartie de l’individualisation à marche forcée de notre époque, elle stigmatise la solitude, la désolidarisation et le manque de partage au quotidien.

2e place: sécheresse
Si le constat du changement climatique n’est certainement pas nouveau, l’inquiétude s’est nettement accrue en 2018. En Suisse, c’est notamment l’été 2018 caniculaire qui aura marqué les esprits, les jardins et les unes de journaux. Restrictions d’eau, rivières asséchées, interdiction des feux d’artifice du premier août dans plusieurs communes, pelouses jaunies et hérissons en voie d’extinction... La sécheresse était visible et tangible dans tout le pays. Le réchauffement climatique, problème planétaire, est devenu, cette année, beaucoup plus concret pour la population suisse.

3e place: infox
Un nouveau mot pour une nouvelle pratique : infox, contraction d’info et d’intox, nous embarque sur l’océan brumeux et inégal de la désinformation savamment orchestrée. Plutôt discret dans les médias suisses jusqu’à la publication des dernières recommandations de la Commission d'enrichissement de la langue française, ce terme a ensuite très vite été adopté. On entendait déjà parler de fake news, de contre-vérités, de faits alternatifs… Pourquoi alors encore inventer infox ? Peut-être justement pour souligner les innombrables nuances que revêt soudain le spectre de la vérité : à partir de quand une information est-elle fiable, véritable, sûre, réelle ? Où commence le mensonge ? À une époque où la diffusion massive d’informations, vérifiées ou inventées, permet d’élire des présidents, infox cristallise le rapport flou de notre société à la vérité. Quelle évolution pour ce néologisme qui dépeint une réalité omniprésente ? L’avenir nous le dira!

2017

1re place : harcèlement
Sans conteste le mot qui a marqué le plus les esprits tout au long de 2017 : harcèlement de rue ou de producteurs hollywoodiens, harcèlement moral et cyber-mobbing. L’omniprésence de ce terme porte à la fois le terrible constat de jeux de pouvoir insidieux et la force libératrice de la parole : mettre enfin un mot sur des situations où la société était, jusqu’ici, restée silencieuse.

2e place : congé paternité
Le terme n’est pas nouveau, le débat non plus. Pourtant, le congé paternité a fait couler beaucoup d’encre en 2017. L’initiative lancée en 2016 et les vives réactions face à son rejet par le Conseil fédéral laissaient déjà entrevoir cette évolution des mentalités. Nul doute alors que si ce terme revient, en 2017 encore, inlassablement sur le devant de la scène, c’est qu’il contribue lentement mais sûrement à redessiner la représentation traditionnelle du modèle familial suisse.

3e place : influenceur / influenceuse
La gloire à la portée de n’importe quel quidam équipé d’une webcam : il y avait les youtubeurs et autres blogueuses, l’heure est désormais aux influenceurs et influenceuses. Si le concept, en 2017, n’est pas nouveau, le glissement terminologique n’est pas anodin. Il traduit la prise de conscience et de recul face à la nature jusqu’ici allègrement ignorée du rôle de ces célébrités du web : il s’agit aussi (et surtout ?) d’une nouvelle technique de placement de produits, ce qui soulève bon nombre d’interrogations.